Les types de personnalité

Dépendante

Qu’est-ce que la personnalité Dépendante?

Description courte

Le trouble de la personnalité dépendante se caractérise par un besoin excessif d’être pris en charge, ce qui conduit à une soumission et à une peur intense de la séparation. Les personnes qui présentent ce trouble éprouvent une difficulté marquée à prendre des décisions concernant leur vie quotidienne sans chercher l’avis ou l’approbation de leur entourage. Craignant fortement d’être laissées seules, elles peuvent déployer de grands efforts pour maintenir leurs relations, même au prix de leurs propres besoins ou désirs.

Leur dépendance les rend vulnérables à développer et à maintenir des relations qui ne sont pas mutuellement satisfaisantes; elles peuvent ainsi tolérer des comportements abusifs ou négligents par peur de voir la personne qui s’occupe d’elles prendre ses distance ou les quitter. Elles doutent souvent de leurs compétences personnelles et évitent de prendre des responsabilités importantes, étant convaincues de leur infériorité et de leur insuffisance. Pourtant, elles ne manquent pas de qualités : leur loyauté, leur sensibilité et leur désir d’harmonie peuvent être des atouts dans des relations empreintes de réciprocité et de respect. Avec un accompagnement psychothérapeutique, ces personnes peuvent apprendre à renforcer leur confiance en elles, à prendre des décisions de manière plus indépendante et à construire des relations où elles arriveront à trouver un équilibre plus juste et satisfaisant entre le soutien et l’autonomie.

Par Dr Dominick Gamache, psychologue, publié le 22-09-2025

Besoin général et excessif d'être pris en charge qui conduit un comportement soumis et « collant » et à une peur de la séparation, qui apparaît au début de l'âge adulte et est présent dans des contextes divers, comme en témoigne moins 5 des manifestations suivantes :

  • La personne a du mal à prendre des décisions de la vie courante sans être rassurée ou conseillée de manière excessive par autrui.

  • A besoin que d'autres assument les responsabilités dans la plupart des domaines importants dans sa vie.

  • As du mal à exprimer un désaccord avec autrui de peur de perdre son soutien ou son approbation (N.B : ne pas tenir compte d'une crainte réaliste de sanctions.)

  • A du mal à initier des projets ou à faire des choses seul (par manque de confiance en son propre jugement ou en ses propres capacités plutôt que par manque de motivation ou d'énergie).

  • Cherche à outrance à obtenir le soutien et l'appui d'autrui au point de faire volontairement des choses désagréables.

  • Ce sont mal à l'aise ou impuissant quand il est seul par crainte exagérée d'être incapable de se débrouiller.

  • Lorsqu'une relation proche se termine, cherche de manière urgente une autre relation qui puisse assurer les soins et le soutien dont il a besoin. 

  • Est préoccupé de manière irréaliste par la crainte d'être laissé à se débrouiller seul. 

Références



Description longue

Les humains naissent dépendants, dépendants des autres pour leur survie, leur développement, leur sécurité et leur épanouissement. Tel une jeune pousse encore fragile qui a besoin d’un tuteur solide et chaleureux pour s’élever avec le support des parents et des proches. En grandissant, cette dépendance naturelle et sécuritaire nourrit l’élan vers l’indépendance, en premier lieu, dans les actions du quotidien : choisir ses vêtements, quoi faire, quoi manger, puis, en acquérant de plus en plus de compétences, de savoirs, d'habiletés, les personnes se déploient vers l’avant. Ce processus d’apprentissage vient avec le temps tout comme la croissance de ses racines dans la terre. Ce sentiment d’indépendance offre à la personne la capacité de s’affranchir, de relever de nouveaux défis et d’aller de l’avant, cherchant la lumière. En revanche, en temps de tempête, face à la maladie, devant une décision importante, ou même pour un sentiment de validation, le soutien peut être requis pour continuer sa croissance. Apprendre à s’affirmer et mettre ses limites sont des moyens pour déployer leurs feuilles et leurs pétales dans toute leur splendeur afin de capter toute la luminosité nécessaire pour vivre pleinement. S’assumer devient vital pour montrer ses couleurs aux autres, être authentique et développer des relations interpersonnelles sur des bases solides de respect et d’appréciation de l’autre pour ses forces, ses habitudes, ses goûts et ses choix.  L’autonomie ne rime pas avec l’indépendance absolue, la solitude froide, mais la capacité de choisir selon ses besoins, d’obtenir du soutien sans se fusionner à l’autre, de se tenir droit en s’appuyant parfois sur les autres. Pour certains, le besoin de validation est réclamé dans plus de situations, plus de décisions ou d’indécisions. L’ambivalence grimpe chez la personne et envahit son esprit. Le besoin de se sentir soutenu prend de l’ampleur où la nécessité d’un appui est mise en place, restant proche des murs, des tuteurs, ayant de la difficulté à se laisser complètement aller. Préférant partager la terre déjà travaillée et sentir les racines s’entremêler. Aller moins loin mais se sentir ancré devient une nouvelle priorité. Être soutenu devient primordial au détriment de prendre de l’assurance. Certaines personnes se retrouvent à la recherche de ce soutien constamment jusqu’à réclamer un support permanent tel une plante grimpante jusqu’à se retrouver dans les lianes du trouble de la personnalité dépendante, altérant sa structure pour ne faire qu’un avec son tuteur. 

 

Ces personnes ressentent un besoin excessif d’être pris en charge impliquant que les autres, ou au moins une personne, assument les différentes facettes de leur quotidien. Elles sont incapables d’imaginer continuer de pousser seule, figeant l’évolution de sa tige. Elles s’agrippent avec vigueur aux murs l’entourant devant le doute envahissant et profond de sa propre capacité à croître, seule dans ce monde. Les brises de la vie les terrifient autant que les grands vents de l’Ouest. La moindre décision dévore des ressources, depuis longtemps éteintes ou jamais réellement alimentées. La charge mentale de quel travail, qui fréquenter, quoi porter, où vivre, quand partir, à qui parler, ce qu’on mange le soir, l’émission à regarder, la couleur des murs, le titre du livre à découvrir s’accumulent et tel une plante s’écroule sous le poids et se fracasse au sol.  Si ce n’est pas choisi par l’autre alors la décision est mûrement discutée, conseillée, rassurée, pesée et analysée auprès de l’entourage afin de garantir un consensus au point où la question demeure si la personne a même offert son point de vue durant tout ce temps. Cette hésitation provient de la crainte de mal choisir et d’être abandonnée. La soumission est le dernier choix, selon elle, faute de pouvoir poser des limites, maintenant ainsi la poigne. 

                  

L’univers social tourne autour de la personne ou des personnes qui procurent la sécurité pour vivre et grandir. Afin de préserver à tout prix ce lien de protection, la personne atteinte d’un trouble de personnalité dépendante va entourer ses feuilles autour de ces rameaux ou ancrages et lui offrir tout ce qu’elle peut redonner en retour. Cette crainte de séparation et de soutien rend difficile d’envisager d’émettre une contradiction. Un désaccord peut entraîner la perte des appuis vitaux et le monde s’éclipse avec l’être adulé. Tandis que les émotions, souvent valides, sont enterrées ou réprimées par crainte de se défaire de ce rempart, ce soleil, ce navigateur. Cette posture affecte l’entourage qui devient, parfois malgré lui, les murs porteurs devant constamment et sans cesse rassurer, valider et soutenir. Cela peut engendrer une fatigue, une frustration car le besoin est sans fin, la demande insatiable. Telle une plante envahissante, la dépendance prend toute la place, étouffant l’espace relationnel. 

 

La pensée même de la séparation est glaçante et insupportable, d’être seul face aux décisions de la vie sans avoir une autre présence pour les conseiller ou les rassurer en tout temps, représente une perte de sens inimaginable. Le mur est ainsi inspecté et chaque fissure plonge dans une panique diluvienne. Les feuilles, par réflexe, se resserrent sur le mur stable si convoité. Les préoccupations de se débrouiller seul face à cette charge mentale, charge physique, charge de vie prennent toute la place dans l’esprit de la personne, malgré le manque voire l’absence que les autres ne la quittent pas. Pour protéger cet ancrage à tout prix contre les intempéries, les changements d’idées, et le cours de la vie la personne atteinte d’un trouble de personnalité dépendante préfère se tordre, s’attacher et se coller à la surface qui le soutien plutôt que de risquer d’être arrachée et d’inévitablement desséché, acceptant parfois des conditions ne respectant pas ses besoins ou tolérer des abus et des relations déséquilibrés de crainte que le mur se dérobe. 

 

Advenant que le mur tombe, disparaisse ou se retire auprès de cette plante grimpante, envahissante, la personne atteinte d’un trouble de personnalité dépendante va s’empresser de retrouver une nouvelle paroi sur laquelle se reposer. Cette précipitation hâtive peut occasionner de se réceptionner sur parfois n’importe quelle cloison même si elle n’est pas toujours saine. 

 

Mieux vaut être toujours bien ou mal accompagné qu’être seul. Seul devant l’abysse des décisions, les profondeurs de la vie quotidienne, les gouffres des erreurs. Les personnes atteintes d’un trouble de la personnalité dépendante se considèrent inférieures aux autres et n’estiment pas avoir les compétences suffisantes pour composer avec la complexité de la vie. Elles ne perçoivent pas leurs racines assez puissantes pour s’ancrer et absorber les nutriments, l’eau et les acquis suffisamment pour se former correctement. Leurs troncs et leurs tiges ne sont suffisamment robustes pour supporter le poids sur leurs épaules, ni se maintenir droit par soi-même. Finalement, leurs feuilles paraissent un peu décolorées, ne possédant pas le bon angle pour capter les rayons du soleil ni avoir le matériel suffisant en elles pour procéder à la photosynthèse. La solitude est d’autant plus terrifiante quand elle doit entreprendre une activité, une tâche, initier un nouveau projet même quand l’énergie et la motivation sont au rendez-vous. Un paradoxe se met en place, elles ne veulent pas démontrer la totalité de leurs capacités ou de trop bien fonctionner par appréhension qu’on pourrait réduire la supervision et l’approbation de leurs moindres faits et gestes. 

 

Cette quête de l’assurance, la réassurance les rendent hypersensibles à la critique et aux désaccords. Accentuant la vulnérabilité, ceux-ci sont les preuves de leurs incapacités et de la nécessité impérieuse d’être encadrés. À force d’être soulevées, les tiges s’ankylosent et s’atrophient, la supervision rapprochée des racines se fragilise et les pétales se fanent par manque d’auto-entretien. Le sentiment d’incompétence devient réalité. En attendant le poids rassurant des autres, la personne atteinte d’un trouble de personnalité dépendante omet que les ressources venues d’ailleurs sont les mêmes qu’en elle et c’est au travers de l’autonomie qu’elle poursuit le voyage accédant à de nouveaux horizons dans sa propre croissance lumineuse, robuste sur ses propres racines.


Par Dr Katerina Sanchez-Schicharew, publié le 17-10-2025