Les 10 troubles de la personnalité en bref

Derrière chaque trouble, il y a des personnes, des histoires, des forces autant que des fragilités. Les descriptions qui suivent présentent les dix troubles de la personnalité reconnus, dans un langage accessible et rédigé avec des professionnels de la santé mentale : Dr Dominick Gamache, psychologue et Dr Maxime Bérubé, psychiatre.

Rappelez-vous simplement ceci en les lisant : se reconnaître dans une description ne veut pas dire avoir un trouble. Seul un professionnel qualifié peut poser un diagnostic. L'objectif ici n'est pas d'étiqueter, mais de comprendre.

  • Le trouble paranoïaque

Le trouble de la personnalité paranoïaque se caractérise avant tout par une méfiance persistante et envahissante envers les autres. Les personnes qui présentent ce trouble interprètent souvent les comportements ou les paroles d’autrui comme étant chargés d’hostilité, de malveillance ou de menace, souvent sur la base d’indices ténus ou qui ne sont pas évidents pour les autres. Elles sont constamment sur leurs gardes et doutent des intentions des autres, et elles sont difficiles à rassurer à cet égard. Cette suspicion les pousse parfois à remettre en question la loyauté ou la fidélité de leurs proches, incluant leurs partenaires amoureux, augmentant le risque de conflits. Elles sont fortement réticentes à se confier, de peur que l’information soit utilisée contre elles. Lorsqu’elles se sentent trahies, elles gardent rancune longtemps et peuvent être animées par un désir de revanche. Ainsi, il n’est pas rare de voir ces personnes impliquées dans des litiges ou des procédures judiciaires. Elles peuvent paraître froides, rigides et sans émotions, ou au contraire, afficher des expressions hostiles ou sarcastiques qui contribuent également à accroître le risque de frictions dans les relations interpersonnelles. Toutefois, la psychothérapie peut les aider à développer une vision plus nuancée des intentions d’autrui et à assouplir leurs croyances rigides, pavant la voie à des interactions plus sécurisantes et à un sentiment de confiance accru dans leurs relations.

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  • Le trouble schizotypique

Le trouble de la personnalité schizotypique se manifeste par un mode de pensée et de comportement singulier, souvent perçu comme étrange ou excentrique par l’entourage. Les personnes qui présentent ce trouble entretiennent parfois des croyances inhabituelles ou des idées proches de la pensée magique, comme la conviction d’avoir des pouvoirs particuliers ou de recevoir des messages cachés. Lorsqu’elles sont soumises à un stress important, certaines de ces personnes peuvent traverser des épisodes proches de la dissociation ou rapporter des perceptions inhabituelles, sans toutefois développer de véritable psychose. Sur le plan interpersonnel, elles se sentent souvent mal à l’aise en société, voire méfiantes, et préfèrent rester en marge des relations. Elles entretiennent ainsi peu de relations proches, car leur anxiété sociale et leur manière atypique d’interagir rendent le contact difficile. Leur apparence ou leur style vestimentaire peut aussi accentuer leur singularité. Bien que les personnes qui les côtoient peuvent apprécier leur originalité et leur créativité, elles peuvent aussi se sentir perplexes devant leur présentation inhabituelle, leur pensée difficile à suivre et leur comportement déstabilisant, entraînant souvent une incompréhension et une marginalisation. Avec un accompagnement thérapeutique adapté, les personnes présentant une personnalité schizotypique peuvent tout de même apprendre à réduire leur anxiété sociale, à mieux communiquer leurs idées et à développer des relations plus stables et enrichissantes; cet accompagnement peut également les aider à mieux différencier leurs perceptions inhabituelles de la réalité partagée, tout en respectant leur singularité.

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  • Le trouble schizoïde

De manière générale, l’humain est un être social. Combien de personnes souffrent d’isolement et de solitude dans notre société ? La majorité d’entre nous apprécions et avons besoin du contact avec l’autre, dans le cadre de différents types de relations, de nature familiale, amoureuse, amicale, etc. De même, la majorité d’entre nous sommes sensibles, jusqu’à un certain point, au regard de l’autre, à l’intérieur de ce besoin de contact humain. Comme c’est souvent le cas cependant, une exception confirme la règle.

Pour certaines personnes, ce n’est pas essentiel. Au contraire, elles préfèrent un mode de vie solitaire et peuvent n'avoir aucune relation significative ou presque, sans que cela ne leur manque. Dans la personnalité schizoïde, l’individu a peu d’intérêt pour développer des relations proches, pour l’intimité et pour la sexualité, non pas par timidité, mais plutôt parce qu’il en retire peu de satisfaction et de plaisir. Ainsi, il est usuellement indifférent au regard de l’autre et peut paraître froid ou détaché. L’éventail des émotions ressenties est souvent limité, de même que la capacité à éprouver du plaisir dans des activités. La souffrance dans le trouble de la personnalité schizoïde se manifeste principalement dans des contextes où la demande sociale est importante, par exemple à l’emploi. La psychothérapie, axée sur l’acquisition de compétences sociales, peut être un outil intéressant pour aider ces personnes à mieux naviguer le quotidien.

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  • Le trouble limite (borderline)

Le trouble de la personnalité limite se caractérise par une instabilité qui touche à la fois les relations, l'image de soi et les émotions, accompagnée d'une impulsivité marquée. Ces manifestations apparaissent généralement au début de l'âge adulte et se retrouvent dans des contextes variés. La peur de l'abandon y occupe une place centrale : la personne déploie des efforts considérables pour éviter d'être laissée, que la menace soit réelle ou seulement perçue. Ses relations sont souvent intenses mais mouvantes, oscillant entre l'admiration sans réserve et le rejet. À cela s'ajoute une image de soi fluctuante, difficile à stabiliser, et un sentiment de vide qui s'installe dans la durée. Sur le plan émotionnel, l'humeur réagit fortement aux événements : des épisodes de détresse, d'irritabilité ou d'anxiété peuvent surgir et durer quelques heures, plus rarement quelques jours. La colère peut être vive et difficile à contenir. L'impulsivité se manifeste dans au moins deux domaines susceptibles de nuire à la personne (dépenses, sexualité, consommation, conduite ou alimentation, par exemple). Les comportements suicidaires ou d'automutilation sont également fréquents et répétés. Enfin, dans les moments de grand stress, la personne peut traverser des épisodes passagers de méfiance intense ou de déconnexion de la réalité. Un diagnostic n'est envisagé que lorsqu'au moins cinq de ces manifestations sont présentes.

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  • Le trouble histrionique

Le trouble de la personnalité histrionique se manifeste par une recherche constante d’attention et un besoin d’être au centre des regards. Mal à l’aise lorsqu’elles ne reçoivent pas l’attention désirée, ces personnes peuvent multiplier les comportements séducteurs ou dramatiques afin de l’obtenir, d’une manière qui n’est pas toujours respectueuse des besoins et des limites de l’autre et qui peut occasionner des conflits. Elles peuvent ainsi adopter un style théâtral dans leur manière de s’exprimer, que ce soit par leurs paroles, leurs gestes ou leur apparence. Leurs émotions sont typiquement intenses, mais aussi superficielles ou changeantes, donnant une impression d’exagération qui fait en sorte qu’elles ne sont pas toujours prises au sérieux. Dans les relations, elles cherchent à plaire et peuvent idéaliser rapidement les autres, avec qui elles ont l’impression de développer rapidement une proximité et une intimité ‒ sentiment qui n’est toutefois pas toujours réciproque. Malgré l’image confiante qu’elles projettent, ces personnes sentent souvent vulnérables et dépendantes de l’approbation extérieure pour maintenir leur estime d’elles-mêmes. Ce trouble ne signifie pas simplement « aimer briller » : il s’agit d’un mode relationnel qui peut entraîner une souffrance personnelle importante et des conflits interpersonnels répétés. Grâce à la psychothérapie, ces personnes peuvent apprendre à reconnaître et à réguler leurs besoins d’attention, à développer une estime de soi plus stable et moins contingente au regard d’autrui, et à entretenir des relations plus authentiques et satisfaisantes.

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  • Le trouble narcissique

Le trouble de la personnalité narcissique se caractérise par un rapport à soi et aux autres marqué par la grandiosité, un fort besoin de reconnaissance et une difficulté à se mettre à la place d'autrui. Ces manifestations apparaissent généralement au début de l'âge adulte et se retrouvent dans des contextes variés. La personne surestime son importance et ses réalisations, souvent bien au-delà de ce que la réalité justifie. Son imagination est habitée par des scénarios de réussite éclatante, de pouvoir, d'influence, de beauté ou d'amour idéal. Elle se perçoit comme exceptionnelle, différente du commun, et estime ne pouvoir être comprise ou fréquentée que par des personnes ou des milieux d'un statut équivalent au sien. Le regard des autres occupe une place centrale : elle attend une admiration constante et sans réserve, ainsi qu'un traitement de faveur qu'elle considère comme allant de soi. Dans ses relations, elle peut utiliser les autres pour parvenir à ses fins, sans percevoir pleinement leurs besoins ni leurs émotions. L'envie tient également une place importante, qu'elle éprouve envers autrui ou qu'elle attribue aux autres à son égard. Enfin, son attitude peut paraître hautaine, dédaigneuse ou condescendante. Un diagnostic n'est envisagé que lorsqu'au moins cinq de ces manifestations sont présentes.

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  • Le trouble antisocial

Le trouble de la personnalité antisociale se caractérise par un mode de fonctionnement marqué par le non-respect des règles sociales, l’absence de considération pour les droits d’autrui et la tendance à adopter des comportements impulsifs ou irresponsables qui entraînent des risques pour la personne, son entourage ou parfois même la société. Les personnes qui présentent ce trouble peuvent mentir fréquemment, manipuler les autres pour obtenir ce qu’elles veulent ou contourner la loi délibérément et de façon répétée. Elles ont souvent du mal à planifier à long terme, privilégiant une gratification immédiate des besoins dans une perspective hédoniste ou opportuniste, même si cela entraîne des conséquences négatives pour elles-mêmes ou pour leur entourage. L’absence de remords ou de culpabilité après avoir nui à quelqu’un est fréquente, et ces personnes peuvent être très habiles pour minimiser ou justifier leurs transgressions. Ces caractéristiques s’accompagnent parfois d’une irritabilité importante et de bouffées de colère pouvant mener à des comportements violents. L’ensemble de ces caractéristiques entraîne des difficultés marquées, voire un désintérêt chez certaines de ces personnes, à maintenir un emploi ou des relations stables. Bien que le trouble de la personnalité antisociale soit réputé comme étant difficile à traiter, certaines personnes parviennent, grâce à un suivi psychothérapeutique ‒ et parfois, au besoin, à des interventions sociales ou judiciaires ‒, à améliorer leurs relations et leur qualité de vie à travers une réduction des comportements impulsifs et à risque, et une meilleure tolérance à la frustration.

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  • Le trouble évitant

La majorité d’entre nous apprécions recevoir l’approbation et la validation de nos pairs. Cela est tout à fait normal. Toutefois, un équilibre est nécessaire ; nul ne peut faire l’unanimité. Dans la personnalité évitante, on retrouve un sentiment d’être inadéquat et, donc, l’approbation devient un besoin central, au point où l’individu s’inhibe. Jouer pour ne pas perdre, plutôt que jouer pour gagner. En d’autres termes, la personne préfère souvent ne pas prendre le risque de s’exposer à la critique négative, même si cela implique de s’abstenir de faire quelque chose dont elle aurait pourtant envie. Concrètement, la personne peut décliner une promotion, par peur de ne pas être à la hauteur de ses nouvelles responsabilités et ainsi d’être critiquée, ou encore avoir de la difficulté à entrer en relation avec de nouvelles personnes, puisque jusqu’à preuve du contraire, l’autre est nécessairement désapprobateur.  Socialement, il s’agit donc de personnes qui paraissent inhibées et discrètes, voire effacées, puisque l’attention pourrait être dégradante. La psychothérapie peut aider ces personnes à regagner un meilleur équilibre à l’intérieur duquel elles sont à même de s’épanouir. 

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  • Le trouble dépendant

Le trouble de la personnalité dépendante se caractérise par un besoin excessif d’être pris en charge, ce qui conduit à une soumission et à une peur intense de la séparation. Les personnes qui présentent ce trouble éprouvent une difficulté marquée à prendre des décisions concernant leur vie quotidienne sans chercher l’avis ou l’approbation de leur entourage. Craignant fortement d’être laissées seules, elles peuvent déployer de grands efforts pour maintenir leurs relations, même au prix de leurs propres besoins ou désirs.

Leur dépendance les rend vulnérables à développer et à maintenir des relations qui ne sont pas mutuellement satisfaisantes; elles peuvent ainsi tolérer des comportements abusifs ou négligents par peur de voir la personne qui s’occupe d’elles prendre ses distances ou les quitter. Elles doutent souvent de leurs compétences personnelles et évitent de prendre des responsabilités importantes, étant convaincues de leur infériorité et de leur insuffisance. Pourtant, elles ne manquent pas de qualités : leur loyauté, leur sensibilité et leur désir d’harmonie peuvent être des atouts dans des relations empreintes de réciprocité et de respect. Avec un accompagnement psychothérapeutique, ces personnes peuvent apprendre à renforcer leur confiance en elles, à prendre des décisions de manière plus indépendante et à construire des relations où elles arriveront à trouver un équilibre plus juste et satisfaisant entre le soutien et l’autonomie.

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  • Le trouble obsessionnel compulsif

Le perfectionnisme est une caractéristique centrale dans le spectre de la personnalité obsessionnelle compulsive. Avoir de hautes attentes envers soi-même et vouloir bien faire les choses peuvent être utiles pour atteindre des objectifs personnels, tant que l’on est dans la juste mesure et que l’on demeure flexible. Lorsqu’il est question d’un trouble de la personnalité obsessionnelle compulsive, cette flexibilité se perd.

Les individus poussent à l’extrême certaines valeurs socialement valorisées et enseignées telles que l’ordre, la maîtrise de soi, le respect et l’application de principes moraux. Ces standards, parfois inatteignables, s’immiscent dans l’ensemble des sphères de la vie, telles que les relations interpersonnelles, les études ou l’emploi, les loisirs, ou même les vacances. L’attention aux détails peut devenir telle qu’elle empêche l’achèvement d’une tâche ou cause des frictions dans une équipe de travail ; la rigidité s'installe également dans les pensées, alors qu’il devient difficile d’accueillir des points de vue différents ou de faire un compromis. Il peut ainsi devenir difficile de déléguer. Pour atteindre la perfection idéalisée, la personne peut inhiber plusieurs parties d’elle-même, incluant ses émotions. Les individus vivant avec un trouble de la personnalité obsessionnelle compulsive peuvent apprendre à développer davantage de flexibilité, sans pour autant délaisser leurs valeurs, dans le but de regagner un sain équilibre.

Pour en savoir plus

Pour en apprendre plus sur les traits et troubles de la personnalité qui existent, veuillez consulter la page La personnalité, c’est quoi ?. Vous y retrouverez notamment des explications sur la personnalité au sens large, ainsi qu’une fiche descriptive détaillée de chaque trouble de la personnalité. Bonne lecture !

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